Connaissez-vous Chade Meng Tan  ?

Il porte le n°107 dans le registre du personnel de la récente société américaine ALPHABET.

La société Alphabet, ça vous dit quelque chose ?

Sans elle, le magazine Bienheureusement ne serait rien puisque ses algorithmes de recherche permettent de proposer les contenus de qualité aux requêtes des internautes.
ALPHABET = GOOGLE

Chade Meng Tan est donc l’un des premiers employés de Google. Cet ingénieur a développé, à l’intérieur de Google, un programme d’intelligence émotionnelle pour accroître le bien-être et la performance de ses collaborateurs, principalement ingénieurs de R&D ou de production technique.

Connu comme le Monsieur Bonheur de Google et auteur du livre Search Inside Yourself, Chade Meng Tan continue de mener ses actions en faveur de la paix dans le monde et a été identifié comme l’un  des potentiels lauréats du Prix Nobel de la paix en 2015.

Sur Quora, il a répondu aux questions des internautes autour de l’intelligence émotionnelle, du bouddhisme et de la méditation de pleine conscience.

Comment peut-on améliorer notre intelligence émotionnelle ?

L’intelligence émotionnelle est la capacité à contrôler les sentiments et émotions afin de s’en servir pour guider sa pensée et ses actions pour soi-même et les autres.  L’intelligence émotionnelle est essentiellement une série  de compétences mentales et émotionnelles.
Pour développer l’intelligence émotionnelle, tout ce que vous devez faire est d’entraîner votre esprit. Dans le livre « Connectez-vous à vous-même » (en Anglais « Search Inside Yourself »), je le décompose en 3 phases :

Phase 1. Entrainement de l’attention.
L’attention est la base d’une habilité cognitive et émotionnelle élevée. Plus spécifiquement, l’idée, ici, est d’entrainer l’attention pour créer une qualité d’esprit, calme et clair en même temps. Cette qualité d’esprit constitue le fondement de l’intelligence émotionnelle.

Phase 2. Connaissance de soi et maitrise de soi.
Utilisez votre attention aiguisée pour créer une perception Haute Résolution de vos processus cognitifs et émotifs internes. Ainsi, vous devenez capable d’observer votre flux de pensées et votre processus émotionnel objectivement et avec une grande clarté comme si vous étiez une tierce personne. Une fois que vous pouvez faire cela, vous accédez à un niveau profond de connaissance de soi qui vous permet finalement d’atteindre la maîtrise de soi.

Phase 3. Créer des habitudes mentales pro-sociales.
Des qualités telles que la bonté et la compassion peuvent être créées et devenir des habitudes mentales. Par exemple, imaginez que lorsque vous rencontrez quelqu’un, votre première pensée instinctive soit : «Je souhaite que cette personne soit heureuse. » C’est une habitude mentale de bonté qui est très facile à créer de la même manière que vous vous entraînerez à développer d’autres habitudes mentales.

Quels sont les bénéfices de l’intelligence émotionnelle ?

Ils sont nombreux.

Dans le monde du travail, par exemple, l’intelligence émotionnelle a au moins 3 avantages convaincants.
Tout d’abord, elle est fortement corrélée avec la performance au travail. Des études montrent que les compétences émotionnelles sont deux fois plus importantes que les compétences cognitives pour faire un travail remarquable, même parmi les ingénieurs. Deuxièmement, les dirigeants et les gestionnaires émotionnellement intelligents sont beaucoup plus efficaces que les dirigeants ou les gestionnaires qui ont une intelligence émotionnelle basse. Enfin, l’intelligence émotionnelle crée les conditions du bonheur personnel ; les collaborateurs heureux représentent un atout majeur pour l’entreprise : ils travaillent mieux en équipe, offrent un meilleur service aux clients (et une clientèle heureuse et satisfaite dépense plus d’argent), et ils sont généralement plus créatifs et productifs.

Il y a aussi des avantages personnels très intéressants.
Tout d’abord, vous devenez plus habile pour calmer le corps et l’esprit et voir les choses clairement et objectivement, même dans les situations difficiles. Des études montrent que quelques semaines de formation à la méditation de pleine conscience peut réduire l’activité de la partie du cerveau (amygdale) associée à la peur. Une autre étude fascinante de 2014 montre que, avec seulement 15 minutes de méditation de pleine conscience, vous pouvez commencer à surmonter les préjugés cognitifs dans la prise de décision.

Deuxièmement, à mesure que vous devenez  plus habile à maintenir le calme et la clarté, vous devenez aussi plus résistant aux difficultés de la vie. Comme un combattant de kungfu qui peut vaincre des adversaires plus puissants à mesure qu’il devient plus habile aux arts martiaux, vous pouvez gérer les problèmes de la vie avec facilité et la joie augmente à mesure que votre pratique devient plus profonde.

Troisièmement, vous commencez à vous percevoir avec bienveillance, et vous commencez à voir tout le monde avec cette bienveillance, et grâce à cela, vos relations deviennent plus satisfaisantes. Avec gentillesse, les relations heureuses deviennent plus heureuses, les relations neutres deviennent heureuses, et les relations malheureuses deviennent gérables.

Quels sont les enseignements/pensées du bouddhisme que vous préférez ? Comment les utilisez vous au quotidien ?

Je me souviens très bien du moment exact ou j’ai décidé de devenir à la fois bouddhiste et méditant. Avant ce moment-là, j’avais essayé d’apprendre le bouddhisme et j’avais touché à la méditation, mais rien de vraiment abouti. Puis, en Septembre 1991, j’ai assisté à une conférence d’une nonne bouddhiste tibétaine appelée Vénérable Sangye Khadro (aussi connue comme l’auteur Kathleen McDonald). La première chose que j’ai remarqué chez elle, c’était la dignité calme et joyeuse dans la façon dont elle se tenait et marchait. Lorsqu’elle a parlé, je fus immédiatement impressionné. Puis, au milieu de sa conférence, il y avait cette phrase, « Tout le propos est de cultiver l’esprit ».
En entendant cela, en un instant, tout dans ma vie a soudainement fait sens . Tout.

J’ai pris deux décisions de changement de vie à ce moment précis. Tout d’abord, je me suis dit, « A partir de ce moment-là, ici et maintenant, je suis bouddhiste ». Deuxièmement, je décide d’apprendre à méditer, peu importe les difficultés.

La chose la plus importante que j’ai appris du bouddhisme est que l’esprit est très facile à entrainer. La paix intérieure s’apprend. La joie intérieure qui est indépendante du plaisir sensuel s’apprend. La clarté de l’esprit et la capacité au lâcher prise s’apprennent. La bonté et la compassion aussi. Et parce que toutes ces qualités ont un impact direct et profond sur le bonheur, cela signifie que le bonheur s’apprend. La souffrance est causée par des facteurs mentaux qui sont les opposés directs de ceux qui sont énoncés ci-dessus. L’agitation intérieure provoque la souffrance. S’accrocher à toutes les choses agréables et avoir de l’aversion pour toutes les choses désagréables provoquent de la souffrance. La haine et la mauvaise volonté sont générateurs de souffrances. Par conséquent, si les qualités mentales inverses s’apprennent, cela signifie que la libération de la souffrance (ou au moins une réduction significative) s’apprend également.

La seconde chose importante que j’ai appris du bouddhisme est que l’entrainement lui-même ne nécessite pas de magie, de mystère ou de croire (ou non-croire) en des divinités. L’ensemble du processus fait partie d’une expérimentation et de découvertes empiriques.
Tout d’abord, avec l’entrainement au déploiement de l’attention, vous vous apercevez que cela apaise votre esprit au fil du temps. L’entrainement à la pleine conscience aiguise votre perception au fur et à mesure. Etc.
Tout comme l’homme voit son corps changer à mesure qu’il soulève des poids, ou qu’il améliore son endurance à force de courir, il comprend comment cela fonctionne pour lui à mesure qu’ il expérimente des pratiques mentales simples comme percevoir son souffle. Pas de magie.  Juste de l’entrainement.
Ce manque de magie était fascinant pour moi. Peut-être parce que je suis un ingénieur .

Je médite une heure par jour pour entrainer la maîtrise de mon esprit, et je tente de traiter chaque être humain que je rencontre avec bonté.

Si votre question porte sur une ou deux choses spécifiques que le Bouddha a enseigné, une chose frappante vient à l’esprit, ce qui a à voir avec le libre examen et l’empirisme. Un jour, le Bouddha parlait à un groupe de personnes appelé les Kalamas (ce discours célèbre a été nommé le Kalama Sutta, le discours prononcé aux Kalamas). Ils lui ont demandé :

« Nous avons eu beaucoup de grands gourous qui sont venus nous parler et ils avaient tous leurs enseignements qui ne concordaient pas nécessairement les uns avec les autres, quel enseignement devrions-nous accepter ? »

Le Bouddha aurait facilement pu répondre : « Juste accepter le mien. Je suis le Bouddha. »

Il ne l’a pas fait. Au lieu de cela, il dit à l’auditoire de ne pas accepter un enseignement sur la base de l’autorité d’un professeur (même s’il est le Bouddha), Écritures, tradition, experts, etc. Acceptez un enseignement seulement si vous en êtes satisfait après l’avoir tester, éprouver et s’il fonctionne réellement pour vous. Ces mots provenant d’un fondateur d’une religion, me fascine.

Cette tradition a continué jusqu’à ce jour. Par exemple , le Dalaï Lama a dit « Si l’analyse scientifique prouvait que certaines allégations dans le bouddhisme sont fausses, alors nous devons accepter les conclusions de la science et renoncer à ces revendications. » Cela correspond parfaitement avec les enseignements du Bouddha . Je trouve cela magnifique.

Qu’est ce que les personnes émotionnellement intelligentes savent, que tout le monde devrait savoir ?

Il y a une citation célèbre de Viktor Frankl qui dit :

« Entre le stimulus et la réponse, il y a un espace. Dans cet espace est notre pouvoir de choisir notre réponse. »

Émotionnellement les gens intelligents savent comment accéder de manière fiable à cet espace et ils le font en apprenant à naviguer habilement dans leur expérience émotionnelle d’instant en instant (par exemple, en calmant l’esprit sur demande).

On peut concevoir l’esprit comme un «Big Sky Mind». L’esprit est comme le ciel ; les pensées et les émotions en sont les nuages. Fondamentalement, les nuages ne sont pas le ciel. De la même façon, mes pensées ne sont pas moi et je ne suis pas mes pensées. Mes émotions ne sont pas moi et je ne suis pas mes émotions. Une personne émotionnellement intelligente ne perd jamais complètement contact avec cette idée.

Les perceptions sont très souvent assombries par l’émotivité. Cette opacification fonctionne souvent très insidieusement. C‘est comme porter des lunettes de soleil rouges tout le temps et après un certain temps, vous n’êtes même pas au courant que vous voyez le monde à travers ces lunettes, vous pensez que le monde entier est rouge. Une personne émotionnellement intelligente est toujours consciente à un certain degré de ce qui se passe, et lorsque c’est possible, elle parvient à ajuster sa perception.
Une grande partie de l’intelligence émotionnelle réside dans la capacité à élever son niveau de gentillesse sur demande. Plus on est capable de le faire, plus on possède de l’empathie et de l’intelligence sociale.

 


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