patrick andré chênéTous les sophrologues connaissent bien Patrick-André Chêné.
Pour nous, c’est une sorte de pionnier puisqu’il a donné ses lettres de noblesses à la sophrologie française, en écrivant de nombreux ouvrages à destination des professionnels et des néophytes. Formé par Caycedo, le fondateur de la sophrologie, ce médecin gynécologue-obstétricien enseigne la sophrologie et continue d’oeuvrer pour faire découvrir cette belle technique existentielle.
Nous l’avons rencontré à l’Académie de Sophrologie à Paris pour une interview sur son dernier livre « Gérer le Stress Post-Traumatique »

Qu’est ce qui vous a donné envie d’écrire sur le Stress Post-Traumatique ?

Cela fait 10 ans que je travaille sur le stress post-traumatique avec des victimes de viols, d’agressions, mais avec le terrorisme c’est très différent. J’avais déjà écrit précédemment sur le stress car la sophrologie est particulièrement indiquée dans ce cadre. Mais en novembre, lorsqu’il y a eu les attentats au Bataclan, une de mes élèves a été concernée. Ses proches ont été touchés. Nous avons eu beaucoup de mal à récupérer et j’ai travaillé directement avec cette élève. Je me suis dit qu’il fallait donner des techniques simples et rapides aux gens qui étaient concernés car on sait bien qu’il ne faut pas attendre pour prendre en charge le stress dans le cadre d’évènements traumatiques. Plus on le prend tôt. Mieux c’est.
J’ai donc travaillé avec 2 groupes d’élèves en leur faisant les séances que j’avais imaginées puis on les a corrigées ensemble. Ca s’est fait très vite et le livre-disque est sorti aux éditions Ellébore.

Comment s’articule ce livre ?

Le livre comporte 6 séances et on se focalise en premier lieu sur les respirations Anti-Stress, car une personne qui vient de vivre un évènement très difficile comme un attentat ne peut pas se détendre et faire de la relaxation. Le point d’accès est donc la respiration.
Je propose dans ce livre des techniques de respiration Anti-Stress puis des mouvements et des exercices d’évacuation, on apprend ensuite à maîtriser les facteurs déclenchants et leurs effets car dans la journée, certaines circonstances peuvent rappeler l’évènement. Il faut donc les connaître et savoir les neutraliser avec un geste réflexe, une méthode.  Enfin, une méthode spécifiquement sophrologique permet de se projeter dans un futur confiant. Avec ce livre j’ai fait une synthèse très spécifique qui, je pense, intéressera également les sophrologues.

Qu’est ce que le stress post-traumatique ?

Il y a deux choses. Il y a le stress aigu qui survient normalement après un évènement et qui reste présent un certain temps, pendant un mois, six semaines : c’est normal. On ne peut pas avoir un grand événement sans réaction. Il y aura probablement des réminiscences, des difficultés à dormir…
On parle de stress post-traumatique à partir de 6 semaines : la personne a continuellement des choses qui lui reviennent par flashs et qui la remettent en situation. Cela lui pollue la vie et si rien n’est fait, cela peut évoluer vers des insomnies, un stress très important toute la journée, des reviviscences, des difficultés à respirer, des stratégies d’évitement puis la dépression. Il faut traiter ce problème le plus vite possible pour éviter de basculer dans un état chronique au bout de six semaines/un mois.

Pour traiter le stress post Traumatique on entend souvent parler d’une technique : l’EMDR qui semble spécifiquement adaptée… Qu’est ce que vous en pensez ?

L’EMDR est une technique basée sur les mouvements oculaires. On en a effectivement beaucoup parlé dans les médias. La sophrologie est différente de l’EMDR car elle utilise un ensemble de techniques psycho-corporelles : respiration, mouvements, projections, visualisations… La sophrologie a vraiment un ensemble d’outils complet pour prendre en charge un stress post-traumatique, et je ne suis pas sûr que des mouvements oculaires seuls suffisent à enrayer le processus, même si j’ai beaucoup de sympathie pour l’EMDR qui est une technique intéressante.

Lorsqu’on est victime d’un événement difficile, quels seraient les bons gestes à accomplir pour préserver son psychisme : faut-il en parler immédiatement à qui veut l’entendre ?

Je pense qu’il ne faut pas être en rétention, il faut en parler.
Le problème avec les proches, c’est leur capacité à accueillir la parole. Lorsque vous avez une personne qui a vécu quelque chose de traumatisant, il faut vraiment être dans l’accueil, dans l’écoute active. J’aime ce mot accueil parce que c’est vraiment ça, il faut prendre ce qu’il dit, la réalité c’est ce qu’il éprouve lui, ce n’est pas ce que l’on peut penser.
Et ce n’est pas en lui disant que « ça va aller » que ça ira mieux. Si la famille est aidante, elle peut effectivement recueillir, accueillir la parole. Cela dit, les proches devraient aussi réfléchir et être formés pour pouvoir accueillir cette parole dans les meilleures conditions. Ce qu’il faut vraiment comprendre ici, c’est que dès que la personne commence à en parler, il faut vraiment être dans l’accueil et l’écoute. Il ne faut surtout pas la contrer. Elle doit pouvoir exprimer ce qu’elle ressent en confiance. C’est le travail que font les cellules psychologiques d’urgence.

Pour ceux qui n’osent pas aller voir un thérapeute, et qui ont été victimes d’événements  difficiles, pensez-vous que ce livre peut apporter une réponse à ce qu’ils vivent aujourd’hui ?

Oui, en tout cas c’est mon espérance !
Si les gens le lisent et l’écoutent, car il y a un CD à l’intérieur avec des séances, ils peuvent découvrir la sophrologie et commencer à travailler seul. Ce livre peut alors être une porte d’entrée vers un accompagnement plus personnalisé avec un sophrologue ou un praticien d’une autre technique. L’important c’est de se faire aider.

Est-ce que vous pensez que ce livre peut suffire ?

Alors rien ne suffit lorsque que quelqu’un se recroqueville et commence à tomber dans la dépression. L’accompagnement est important. Les personnes qui passent en état de stress post-traumatique, sont des personnes qui n’ont pas reçu l’accompagnement dont elles avaient besoin. Parfois, elles ont reçu l’accompagnement d’un psychologue, sur le moment, dans une cellule psychologique d’urgence. Ce psychologue est là pour libérer la parole mais il faut continuer dans le temps.
Le sophrologue a une vraie légitimité pour intervenir dans le cas de stress post-traumatique bien plus qu’un psychologue qui lui interviendra sur des sphères de connaissance de soi, de recherche de valeurs, etc… La sophrologie passe par le corps alors que la psychologie passe par le mental et on a besoin du corps pour libérer le stress post-traumatique.

J’avais envie d’aborder le point de vue épigénétique, pensez-vous que le stress post-traumatique peut se répercuter dans le temps, à travers les enfants ?

C’est intéressant que vous parliez d’épigénétique car c’est un sujet que j’aborde assez souvent avec mes élèves. Pour moi, c’est un des arguments qui explique que la sophrologie fonctionne. C’est l’exemple du chat noir : il y a des chercheurs qui ont réussi avec deux chats noirs qui ont un  chromosome avec le caractère noir tous les deux à faire un chat blanc avec une alimentation particulière. On a découvert qu’il y avait effectivement des chromosomes de « caractère » noir, brun, etc… mais avant il y a un chromosome qui est activateur, un autre qui est répresseur, sensible à l’environnement et enfin il y a un troisième chromosome en général qui est régulateur et qui lui aussi est sensible à l’oxygénation, à certains oligo-éléments, à certaines  compositions du sang à tout un tas de facteurs qui sont liés à l’environnement.

Donc l’écologie c’est pas du tout un fantasme, c’est une réalité. On sait maintenant grâce à l’épigénétique que l’environnement, le milieu dans lequel on vit peut modifier l’expression des chromosomes. Cela ne va pas modifier les chromosomes eux-mêmes mais ça peut modifier leur expression. Ici ce qui est intéressant dans l’épigénétique, c’est qu’en faisant un travail sur soi-même, on peut améliorer les choses. Le stress post-traumatique peut créer des cicatrices, et générer des déficits, des problèmes. Un stress post-traumatique peut marquer une famille et produire une histoire familiale particulière. D’ailleurs les constellations familiales sont intéressantes pour aborder les traumatismes anciens, c’est une approche intéressante, à prendre avec précaution.

On m’a rapporté que certains thérapeutes ont été débordés émotionnellement par  les contenus délivrés par les victimes des derniers attentats. Qu’en pensez-vous ?

A l’académie de sophrologie, on est très vigilant sur ce point avec nos étudiants. On essaye de faire comprendre que pour pouvoir venir en aide à une personne, il faut savoir garder ses distances. Même s’ils ont de l’amour pour l’autre et beaucoup de sympathie, de compassion, il faut rester un professionnel.
En sophrologie on parle d’alliance. L’alliance est un mot très important car c’est très différent de la compassion et de l’empathie. D’ailleurs, je n’aime pas ces mots en sophrologie.  L’empathie c’est vraiment en « em-pathie » : avec la pathologie de l’autre. C’est le meilleur moyen de s’autodétruire. Et la compassion pour moi c’est quelque chose de plus spirituel, plus bouddhiste.  C’est comme la charité chrétienne, c’est la même chose.
Cela n’a rien à voir avec un professionnel qui travaille. L’alliance c’est vraiment un bon mot pour montrer qu’on établit une alliance avec la personne mais on ne rentre pas dans sa douleur, on ne devient pas sa douleur. On est là pour la guider, pour l’aider, pour la prendre en main avec amour, mais l’amour ce n’est pas pleurer avec l’autre !

Est-ce qu’on peut être heureux après avoir vécu ce type d’événement ?

Oui. Je pense qu’on peut être heureux. Mais il ne faut pas s’arrêter à quelques séances, il faut faire du redéploiement existentiel.
Prenons l’exemple d’une personne qui a eu un cancer, c’est un évènement traumatique à part entière. Dans le cadre de sa maladie, elle a reçu des traitements parfois lourds, interventions, chimiothérapie, etc.. Quand vient la guérison et que la lutte est terminée, elle se retrouve seule, lâche prise et c’est à ce moment là que la dépression survient. Il faut faire du redéploiement existentiel. Le nouveau Plan Cancer aborde cette question d’accompagnement pour prévenir les risques de dépression.
J’ai beaucoup d’exemples de personnes qui ont vécu des évènements difficiles, que ce soit cancer ou attentats, et qui vivent pleinement heureuses aujourd’hui. Je pense que ça donne une solidité accrue, un désir de vivre puissant. Il faut juste être accompagné pour pouvoir être résilient.

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Aux éditions Ellébore
Dr. Patrick-André Chêné

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